Rechercher
  • Elodie Jonquoy

Chronique : « Conditions Générales d'Usurpation » de KeoT

Voilà que j’achève la lecture de mon premier thriller technologique. Moi qui pensais être larguée dès les premières pages faute d’expérience dans le domaine, j’ai été épatée par la qualité de ce roman ! On n’est pas loin du 10/10. C’est même carrément un coup de cœur !


N’hésitez pas à échanger, commenter, partager, dans la joie, la bonne humeur et le café ☺

• Thriller technologique • 384 pages • e-book et broché • Tout public •

Ma note : 9.5/10

Intrigue : 9,5/10

Style : 10/10

Immersion : 9/10



Synopsis :

« Alors, c’est comme ça qu’on bascule dans le cybercrime. Un samedi après-midi, en

pyjama. »


Depuis que sa bourse d’étude a été refusée, Melissa Allen a vu s’effondrer tout espoir de carrière chez les géants de la Silicon Valley. Et c’est pas avec ses petits boulots à la tâche qu’elle arrivera à économiser suffisamment pour les filières d’excellence qu’elle vise…

Ce rêve nerd californien aimante Melissa au point d’en perturber sa boussole morale. Si le monde lui refuse sa bourse pour quelques dixièmes de points… le monde cherche les problèmes.

Avec un peu de cryptomonnaie investie dans des malwares au marché noir, l’argent est à portée de quelques lignes de commande. Promis, juste de quoi payer ses études.

Au moins, derrière ses terminaux, elle est en contrôle.

Enfin, pour le moment.


Un roman entre thriller high-tech, hacking et surveillance électronique sur les pas d’une jeune geek emportée par les rouages d’une machination politique et de l’espionnage industriel.


En bref :

Nous suivons la progression de Mélissa, jeune geek, victime comme beaucoup d’autres (jeunes, pas forcément geek) d’un manque de fonds pour payer ses études. Elle cumule plusieurs emplois rémunérés à la mission : livraisons à vélo la journée, analyse web la nuit. Ce qui lui permet de louer une chambre à un particulier et de se nourrir, mais qui est très loin d’être suffisant pour se payer les études de ses rêves. Après une journée particulièrement éprouvante, un concours de circonstances (de grosses bourdes plutôt) l’enverra en mission d’espionnage industriel chez le géant informatique Sparkles.

« Le gros sous-marin n’acceptera pas de s’avouer vaincu par le petit filet de pêcheur » retenez bien cette phrase tirée de l’œuvre, elle y prend tout son sens !

À propos de l'auteur :

C’est après avoir écrit une dizaine de nouvelles publiées dans des anthologies et dans deux recueils autoédités que KeoT se lance dans la rédaction de Conditions Générales d’Usurpation (qui reprend d’ailleurs le personnage de Mélissa crée initialement pour l’une d’entre-elles).

L’auteur continue sur sa lancée, puisqu’il travaille actuellement sur son deuxième roman qui, je l’espère, sera aussi réussi que celui-ci !

« En ce qui concerne mes inspirations, je peux mentionner deux séries qui m’ont influencé sur les thématiques autour de l’espionnage : Homeland, et Le Bureau des Légendes, et la série des jeux vidéo Watch_Dogs. »


Mon avis :

De la couverture à l’intrigue en passant par le titre, tout m’a séduit dans ce roman ! Le choix (judicieux) du point de vue narratif permet d’entrer dans la peau de Mélissa, dans sa tête. Ses pensées retranscrites dans son style, particulier, bien à elle, la rendent d’autant plus attachante. Si bien qu’on est happé avec elle dans ses (més)aventures !

L’intrigue est très bien menée et qui plus est, très enrichissante ! J’avais peur que trop de termes inconnus viennent casser l’immersion et à ma grande surprise, ils étaient utilisés avec parcimonie et toujours expliqués avec justesse (ni trop, ni pas assez détaillé, juste de quoi comprendre.).

Au-delà de l’aspect fictif de l’intrigue, ce roman m’a également fait réfléchir sur le contexte de fond de l’intrigue. Internet et ses dérives, l’utilisation des données personnelles, le traçage, etc. Et c’est quelque chose que j’apprécie particulièrement : la marque que laisse un roman après qu’on l’ait terminé.

Celui-ci casse un peu les codes : le style est vraiment particulier (dans le bon sens !), on n’en lit pas tous des jours de ce genre, écrit-parlé sans pour autant être bâclé. Tous les personnages sont cohérents et développés, les descriptions sont maîtrisées, les dialogues sont réalistes, l’intrigue est bourrée de rebondissements inattendus et de revirements de situation. Bref, tout est parfaitement abouti !

Liens :

Retrouvez l'auteur, son travail et son univers sur :


Le tant attendu extrait :


Salut plafond, mon vieil ami.

Le compagnon de mes moments de déprime, lui, avec mon lit et Kookie. Quoiqu’on pourrait dire aussi du reste du temps. Je suis allongée là, mon ordi posé à côté de moi, mais même pas sorti de veille prolongée. Mon bras me fait mal, j’ai imbibé des bandes de gaze avec du désinfectant tout à l’heure et maintenant je regrette cette idée, ça a dissous les croûtes et je saigne à nouveau par endroits. Alors dès que je bouge, j’ai peur de déplacer les bandages, parce que je ne voudrais pas tacher mon pyjama. Sang sur pilou gris perle, bof. Oui, il est même pas 16 h.

La télé de M. Davis résonne très fort dans le salon en bas, comme souvent quand il pleut. Ça m’a bien arrangée de pouvoir passer discrètement. Il se serait inquiété pour rien et je sais pas si j’aurais réussi à le convaincre de ne pas appeler le 911 pour m’envoyer direct aux urgences.

Et maintenant ?

Je compte bien rester vautrée jusqu’à ce que la culpabilité de ne rien faire de productif (comprendre d’un point de vue purement capitaliste : qui ne rapporte pas d’argent) me fasse bouger.

Le problème c’est qu’elle est déjà là, sournoise, à ramper dans les tréfonds de mon crâne. Sous la forme de mon ordi fermé. Du regard accusateur du sac PolyVery tout abîmé posé sur mon tas de linge à laver (toujours pas signalé l’incident, ma caution est dans un sursis aussi temporaire qu’illusoire). De l’écran fissuré de mon smartphone. De l’image de mon vélo plié en deux contre une poubelle.

De mon hypothétique année universitaire future dans une grande fac. Les souvenirs amers d’une lettre de refus de mon dossier de bourse reviennent ruiner un peu plus mon humeur. À deux dixièmes de points près sur ma moyenne je suis sûre que ça serait passé. Deux petits dixièmes qui m’auraient épargné... tout ça. Bon, pendant un temps au moins. Mais ça aurait toujours été ça. Je sens que la boucle de pensées négatives m’enveloppe peu à peu, resserre ses griffes sur mon pauvre cerveau. Alors je cède. OK, au boulot. Je peux plus livrer de rouleaux de printemps, mais apprendre à des IA comment interpréter les bêtises que peuvent dire les humains, ça, c’est encore faisable.

Je me redresse un peu contre le ventre doux de Kookie le koala et mon oreiller. Mon coude me lance, une douleur électrique et sourde en plus de celle des éraflures. Je vais pouvoir

compter mes bleus demain. Il faudrait que je me remette au bureau pour être vraiment efficace.

Mais la flemme.

J’ouvre l’ordi posé sur mes cuisses. Ma session démarre sur une vidéo Sparkles Video que je ne me rappelle même pas avoir regardée, hier. Le hasard de la perdition de contenu en contenu, zapping version clic au fil des suggestions que l’algorithme sélectionne pour mon profil. Un challenge de progra pendant une convention de hacking. La procrastination me pousserait à la lancer, mais j’ai déjà dépassé ce stade. Alors je pars en quête de

mon onglet PolyVery, celui dédié aux travailleurs à la tâche, pas aux clients qui veulent commander des half-smokes ou n’importe quoi d’autre. Login, mot de passe. Le tableau de bord m’accueille avec toutes ses statistiques déprimantes. Non, cette fois je n’irai pas regarder qui est en tête de classement ni cher-cher ma position dans la liste interminable. Ni me faire du mal à contempler la courbe de mon efficacité horaire moyenne en chute libre. Droit au but, j’affiche les tâches disponibles. Un petit F5 réflexe pour rafraîchir alors que la page s’affiche tout juste. Ou plutôt, n’affiche que du vide. Aucun boulot à faire.

Sérieusement ? Je F5 encore quelques fois pour la peine. Mais non, ce n’est pas un problème de chargement. VRAIMENT aucune tâche de libre.

Y’a des jours comme ça...

Puisque le monde veut que je procrastine, je retourne sur la vidéo du hackathon et la lance. Mais mon attention est captée par une vignette sur le côté dans les suggestions personnalisées Sparkles Video (c’est tellement flippant d’ailleurs, ce ciblage...) :


VRAI cybercrime – Le type attaque un distributeur et fait pleuvoir de l’argent


Le titre est racoleur genre putaclic. L’image aussi, avec cette silhouette à capuche bien sombre. Mais on dirait que ça marche puisque, eh : je clique.

47 vues0 commentaire