• Elodie Jonquoy

Chronique : « Une agate rouge sang » de Frédérick Maurès

Je m’attendais à une histoire de meurtre sordide en lisant le résumé, je me suis complètement plantée ! 😅 Mais quelle histoire ! Une pure merveille, que je me fais un plaisir de vous partager.


N'hésitez pas à échanger, commenter, partager, dans la joie, la bonne humeur et le café ☕️



 

• roman historique • 224 pages • ebook et broché • tous publics •

 

Ma note : 8.66/10

Intrigue : 8/10

Style : 9,5/10

Immersion : 8,5/10


Synopsis :

Dans un petit village, quelque part en France, Marie-Louise, une vieille dame presque centenaire, disparaît en léguant à celui qui s’occupe de son jardin, Mathieu Lambert, un appartement qu’elle possédait à Paris et qui est demeuré inoccupé depuis 1943.


Mathieu ne sait pas pourquoi il a hérité ce bien et va découvrir petit à petit les composantes du passé de sa bienfaitrice et, par voie de conséquence, de son propre passé.


Construit à partir d’une succession d’allers-retours dans le temps, à différentes dates clés du passé, Une agate rouge sang tient le lecteur en haleine du début à la fin en lui permettant de démêler progressivement le fil de l’intrigue, chaque chapitre apportant une pièce supplémentaire à la reconstitution du puzzle.


En bref :

Mathieu Lambert, 77 ans, très attaché à sa Madame Marie-Louise depuis son plus jeune âge, quitte leur charmant petit village à la suite du décès de cette dernière. Il doit se rendre chez le notaire au cœur de la capitale, la vieille femme, quasi centenaire, lui ayant légué un appartement qu'elle n'occupait plus depuis 1943.

Tout est resté figé dans cette habitation qui semble avoir été désertée précipitamment. Le contraste entre la ferme de Marie-Louise au village et cet appartement parisien est saisissant. À tel point que Mathieu décide de prolonger son séjour afin d'approfondir ses connaissances de cette partie de la vie de sa maman de cœur dont il ne connaît rien. De vieilles lettres d'amour, des photographies jaunies, des souvenirs de son propre passé jaillissants, et une rencontre inattendue viendront éclaircir le passé de Marie-Louise, mais également celui de Mathieu. Leurs destins étaient-ils plus liés que ce qu'il n'y paraissait ?



À propos de l'auteur :

Frédérick Maurès est un auteur-écrivain originaire de Bordeaux où il a passé les vingt premières années de sa vie avant de poursuivre des études supérieures de commerce à Paris.

Il est depuis toujours passionné par la littérature en général et par l'écriture en particulier.

Retrouvez son univers sur son site : https://www.frederickmaures.com/


Mon avis :

Au delà de l'intrigue sur laquelle je reviendrai plus tard, ce qui m'a profondément marqué dans ce roman est la qualité de l'écriture de Frédérick Maurès. Sa plume est un diamant brut ! Son style raffiné est parfaitement adapté à cette intrigue aussi émouvante que poignante. Le tout révélant un chef-d’œuvre contemporain. Il a su trouver les mots justes, ceux qui font naître l'exacte émotion qu'il faut ressentir pour saisir tout le sens de cette histoire, l'indispensable émoi que le lecteur doit ressentir, sans quoi son roman serait semblable à mille autres relatant des récits plus ou moins similaires.

Le roman se décompose en chapitres traitant de différentes époques clés de la vie de Mari-Louise et de Mathieu. Bien que ce soit quelque peu déstabilisant au début, la succession d'époques et de personnages devient vite une qualité de plus à ce roman, créant une envie, un besoin même, d'avancer et de connaître la prochaine escapade temporelle qui nous livrera d'autres indices, de nouvelles clés pour démêler ce lien si particulier qui unit Marie-Louise et Mathieu.

Les personnages sont extrêmement bien construits. Tous, sans exception, sont d'une extrême crédibilité. Leur évolution , leurs actes, tout est parfait, purement est simplement parfait. Les descriptions sont bien dosées, admirablement retranscrites, bien loin de certains romans dans lesquels on peut trouver des pavés descriptifs insipides et rébarbatifs.

Quant à l'intrigue, elle est bien ficelée, à l'image de tout le reste. Pas la moindre incohérence ou zone d'ombre ne vient entacher ce chef-d’œuvre. Toutefois, elle n'atteint pas le 10/10 puisque j'ai deviné la fin ( vous commencez à me connaître ! ) ce qui ne cause aucun tort à ce roman d'une rare qualité !


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Un extrait vaut mieux que mille mots :


Depuis quelques jours, je me lève plus tôt pour me rendre au cimetière. Une demi-heure plus tôt. C’est le minimum nécessaire à mon indispensable recueillement. J’apprécie particulièrement les jours où je suis seul au milieu des tombes plus ou moins fleuries de ceux qui ont construit l’histoire de Saint-Grappin. De ceux qui ont animé ses ruelles, ses commerces, ses places… Ces ombres d’un passé plus ou moins lointain, morts d’entre les morts ou morts encore vivants dans le souvenir des vivants.

Situé un peu en dehors de la commune, cerclé d’un muret de pierres grisâtres mal découpées et tant bien que mal ajustées, ce lieu de mémoire est abrité par des peupliers de belle envergure et de robustes pins qui en font un écrin protégé des vicissitudes de l’agitation des oublieux. Une enclave propice à la méditation solitaire et à l’appropriation de la dimension dynastique saint-grappinoise.

Mais aujourd’hui, malgré l’heure matinale, je ne suis pas seul. Je maugrée intérieurement à l’idée que des intrus, si légitimes qu’ils puissent être, me volent tout ou partie de ces précieux instants. Ma colère intérieure est apaisée par le fait que l’un des deux trouble-fêtes est un fauteuil roulant, poussé par son accompagnant. Je les distingue mal dans la brume printanière du petit jour. Leur présence m’a fait stopper net devant le portillon d’entrée qui a dû, jadis, arborer une brillante couleur vert bouteille avant d’être envahi par la rouille. J’hésite à faire demi-tour : à quoi bon tenter de me recueillir si je n’ai pas la paix ?

D’autant que j’aime à converser avec Marie-Louise, comme je le faisais encore naguère. Tant de choses à lui raconter, dont certaines la feraient rire, la font assurément rire, de ce petit rire étouffé qui ne voulait pas se laisser aller à éclater en public, mais que la retenue rendait paradoxalement encore plus expressif.


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